Chap4 - La voie du guerrier

Chapitre 4 – La voie du guerrier:


Au bord du quai, près de la péniche, deux silhouettes ondulaient comme des ombres chinoises dans l'épaisse brume. Inquiet, le cœur serré, Adam s'approcha doucement, le dos contre une épaisse palissade de bois noir. Caché derrière une cabine téléphonique, dont le rouge au soleil se muait en noir inquiétant sous un rayon de lune, il écouta la conversation nerveuse qui se perdait sur l'eau:

« C'est raté.

- Et si j'enlève mes pacotilles?

- Non plus.

- Mais r'garde, je détresse mes cheveux...rgarde...On voit plus ma gueule...si?

- Si...

C'était la voix de Travis. Le ton sceptique et cynique, à n'en pas douter, était celui d'Ivanov, qui héla sans se retourner Adam caché derrière-lui:

- Monsieur Adam, approchez donc et venez donner votre avis, ne soyez pas timide.

Le gros garçon, rassuré mais penaud, sortit de sa cachette et avança vers eux d'un pas lourd. Travis avait rabattu ses cheveux laineux et sales sur son visage, et avait glissé maladroitement sa barbe dans le col de son pull. Adam ne comprenait pas la scène cocasse qui se jouait devant lui:

- Mais heu...vous cherchez à faire quoi?

- Nous cherchons à maquiller votre ami trop imprudent et trop voyant.

- Mais, si, là, on m'reconnait pas, là? Vous voyez?

- Vous allez risquer votre vie, c'est tout ce que je vois.

Risquer sa vie? Mais qu'avaient-ils donc l'intention de faire ce soir? Adam, inquiet, vit Travis disparaître dans sa péniche. Vif, comme l'éclair, il revint, le visage couvert d'un fard noir mal étalé sur les joues, lui donnant des allures effrayantes dans cette nuit brumeuse.

- Cirage? » proposa Travis, piétinant comme un enfant heureux de porter un déguisement d'Halloween.

Ivanov tordit sa bouche, fronçant les sourcils.

- Mouais...

En soupirant, il lui tourna le dos et s'en alla, marchant le long du quai, la main crispée sur le pommeau de sa canne. Travis le suivit, puis le dépassa. De temps à autre, l'homme au cirage s'arrêtait, puis s'accroupissait, caressant d'une main les grandes dalles de pierre froides, observant le sol. Comme la veille, Adam observa, mais ne vit rien. Ils reprirent leur marche, puis Travis s'arrêta. Ils continuèrent, et Travis s'arrêta de nouveau.

- On cherche quoi? » finit-il par demander, agacé.

- Les traces du tueur.

Mais le trottoir, tâché de chewing-gum et de crottes de chiens, ne parlait pas à Adam comme il semblait parler à Travis. Quelque part sur le toit d'un immeuble, un corbeau croassa. Ivanov observait les agissements de Travis avec une attention soutenue, une profonde concentration brillait dans ses yeux. Ce qui pour Adam était un comportement étrange, semblait être une manipulation précise et très professionnelle pour Ivanov, qui hochait la tête à chaque description des traces invisibles donnée par le fou au visage noir. Travis pointait du doigt le vide pour expliquer que là, l'homme s'était retourné, ici, il avait couru, ici il s'était arrêté, etc. Ils avancèrent ainsi, tant bien que mal, dans le froid et l'humidité du soir, jusqu'à une zone un peu plus commerciale dans un quartier londoniens couvert de grands immeubles sombres. Travis s'arrêta brusquement, une dernière fois, devant une station de taxi. Les taxis jaunes allaient et venaient, un groupe de chauffeurs à l'air revêche tiraient sur leurs cigarettes en leurs jetant des regards mauvais. Au-dessus de leurs têtes, une enseigne clignotait. « Western Street Taxi ». Il manquait le X de taxi.

- Les traces, ça s'arrête là », fit Travis, le nez en l'air, observant un grand oiseau qui virevoltait dans le ciel.

- Et c'est normal? »demanda Adam.

- Pas franch'ment non.

Travis lui adressa un large sourire.

- Il a prit un taxi, c'est pour ça qu'il y a pas de traces.

Ivanov se tourna vers Adam, l'œil sombre, hochant la tête d'un air dépité, comme si Travis venait de dire l'ineptie la plus énorme qu'il ait jamais entendu. Soudain, son visage changea. Plus exactement, il se décomposa. Il se mit à hurler:

- NON!

Puis se jeta sur Travis. Mais il était trop tard. Le corps long et épais de l'homme au manteau de plumes s'effondra sur le sol. Adam vit la scène au ralenti. Une fiole glissa de sa main inerte et roula sur le bitume, répandant dans son sillage un liquide argenté qui brillait sous les rayons de lune. Adam approcha, sans comprendre. Ivanov, à genoux, prit la lourde tête maquillée de Travis, et la posa sur ses cuisses. Les mains appuyées sur ses tempes, il exerça alors une légère pression en crispant ses doigts, et à chaque pression, le corps de Travis fut secoué de spasmes. Un couple passa devant eux, ne prêtant aucune attention à ce qui venait de se produire. Plus loin, les chauffeurs de taxi avaient oublié leur présence. Autour d'eux s'était constituée une bulle de matière invisible.

- Il est inconscient, » fit Ivanov, l'accent russe se renforçant avec l'émotion. « Aidez-moi.

Il fit signe à Adam de se saisir de ses épaules, tandis que lui, plus chétif, tiendrait ses pieds.

- Nous allons le transporter à ma voiture. Ketchev nous y attend.

Le corps de Travis, souple et léger, se balançait doucement à chacun de leurs pas. Sa tête oscillait sur l'épaule grasse du fermier. En quoi consistait la tentative de son ami? Quelle drogue voulait-il prendre cette fois, et pour quels effets? Une chose était certaine: la tentative s'était soldée par un échec.

- Est-ce qu'il va mourir?  Osa demander Adam, les mains crispées sur la poitrine immobile de Travis.

- Non, rassurez-vous. Cet homme est hors de danger. Mais il a risqué sa vie. Je suis intervenu à temps.

La fierté se ressentait autant dans sa voix que dans la posture bien droite qu'il arborait, le bras recroquevillé autour des genoux de l'homme inconscient.

- Ha! Par ici.

Il bifurqua sur la droite, dans l'ombre d'un grand immeuble, vers une grosse berline allemande garée là. Au volant, Ketchev les regarda passer, indiffèrent, à peine haussa t'il un sourcil amusé en voyant l'étrange chargement des deux hommes. Enfonçant négligemment du pouce un bouton sur son tableau de bord, il déclencha l'ouverture des quatre portes. Adam et Ivanov déposèrent le corps inerte de Travis sur la banquette arrière. Adam s'installa à ses côtés, et imitant Ivanov, posa la tête échevelée sur ses genoux, les mains sur ses tempes. Ivanov, installé à la place du mort, après avoir fait signe à Ketchev de démarrer, se tourna vers lui.

- Vous n'arriverez à rien comme cela.

Il tendit le bras. Le corps de Travis se contracta, il sursauta, et ses yeux s'ouvrirent. Grommelant, Travis se mit en position assise tant bien que mal.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé? » fit Adam, sans attendre que Travis ne reprenne complètement ses esprits.

Seul un borborygme de syllabes vaguement intelligible sortit de sa bouche, son visage luisant de cirage noir se crispant dans un effort douloureux et compliqué:

- Ben...j'essaye de suivre...l'être a attaqué dans le rêve...l'a couru à travers le rêve...l'est sorti du rêve ... prendre un taxi...arrière goût...mauvais...rêve et pis...c'est ça..j'essayais..de trouver. J'ai trouvé.. mais...l'a du prendre un taxi...pas pu suivre...

Ketchev, concentré sur la conduite, fit d'une voix sourde:

- Il faut contacter la société de taxi pour savoir où il est allé.

- Comment faire?  Ivanov porta sur lui un regard intéressé.

- On sait où et quand il a prit son taxi.

- C'est une idée, fit-il, un sourire au coin de ses lèvres fendues.  Avez-vous noté le nom de la rue?

- Western street. répondit Ketchev.

Sur la banquette arrière, Travis se remettait doucement de ses émotions.

- C'était de la bonne, fit-il, mouchant son nez morveux dans les plumes noires de son manteau.

- Apparemment, lui lança le russe aux lunettes rondes, les sourcils froncés et le regard perçant, lourd de reproche.

Ce regard sembla déplaire à Travis, qui sentit la nécessité de se justifier:

- C'était la manière la plus simple, la plus facile, et la plus discrète. » affirma t'il d'une voix forte et tranchée.

- Ouais, ben visiblement, c'était pas la plus efficace,  répondit un Ketchev hilare.

- Je suppose que dans votre péniche vous avez de quoi vous remettre...

- Ouais, ça m'arrive de rater, j'ai des anti-vomitifs surtout, parce que là ça craint... »

Adam lança un regard inquiet vers Travis, qui portait à sa bouche une main tremblante. Sous son maquillage, le visage devait être blafard. Travis était sur le point de vomir dans la voiture. Avec soulagement, Adam aperçut les quais dans la nuit, et près d'eux, la péniche qui tanguait doucement. Dès que la voiture s'arrêta, Travis se précipita dehors, sans voir l'homme qui tournait autour du bateau, sur les chaussures duquel il se mit à vomir. C'était un grand homme au visage basané, qui le regardait plus intrigué que dégoûté, et le laissait faire sans bouger. Les trois hommes sortirent de la voiture, le visage marqué par la consternation. Ivanov hocha la tête en soupirant, Ketchev éclata d'un rire fort et franc, et Adam observait la scène, médusé, bouche bée, yeux écarquillés. Lorsque Travis se releva, il épousseta le bas de son manteau, comme s'il ne s'était rien passé, et s'adressa à son invité avec une fierté exagérée:

«  Je peux faire quelque chose pour vous?

L'homme, une trentaine d'années, athlétique, le salua d'un mouvement vif et raide du dos, les mains jointes sur sa poitrine. Adam vit qu'il tenait une grande enveloppe de papier kraft. Il avait sans doute eut l'intention de la déposer quelque part sur la péniche de Travis après avoir constaté son absence.

- Êtes-vous le marabout?  demanda poliment l'homme au fort accent indien.

Ketchev étouffa un rire. Avec sa couche de cirage sur la figure et son manteau de plumes, Travis pouvait effectivement, de loin, dans le noir, ressembler vaguement à un sorcier africain.

- Je ne suis pas marabout, je suis chaman, fit Travis en tirant sur ses manches d'un air vexé.  Puis-je savoir qui vous êtes?

- Je me nomme Moelinder. Je désirerais faire appel à vos service. Est-il possible que nous parlions?

Travis tourna la tête vers les trois hommes restés près de la voiture, les interrogeant d'un mouvement de menton. Ce n'est que lorsqu'Ivanov acquiesça après avoir essuyé ses lunettes qu'il accepta de les faire entrer dans sa péniche. Adam prépara du thé pour tout le monde tandis que les autres s'installaient dans le salon rafistolé. Ainsi Travis gagnait-il sa vie, et pouvait-il se payer les ingrédients nécessaires à ses drogues exotiques: il diffusait dans les journaux des annonces vantant ses qualités mystiques de chaman. L'air inquiet d'Ivanov prouvait que le russe n'en savait rien, et que cette idée était loin de lui plaire. Sans doute considérait-il cela comme l'ultime imprudence que Travis pouvait commettre. Après avoir servi le thé, Adam les rejoignit. L'indien, le visage comme sculpté dans le bois, les yeux verts brillants de malice, des pendentifs métalliques descendant sur sa longue veste blanche, sortit de l'enveloppe qu'il tenait sous le bras une photo. Il s'agissait d'un mur couvert de peintures, des éclairs rouges bordés de noirs sur fond blanc, exactement les mêmes marques que sur le masque de Travis

- Ça vous dit quelque chose?  demanda-t-il en tendant la photo au « marabout ».

- Où vous avez trouvé ça? Fit Travis en observant attentivement la photo, dessinant les éclairs du bout de son ongle long et jaune.

- Près d'une momie retrouvée dans une entreprise informatique cambriolée, en face de mon restaurant.

- Une momie?

Ivanov s'étrangla avec son thé. Cette réaction ne manqua pas de susciter l'intérêt de Moelinder. Il ne s'adressait plus à Travis, mais à toute la compagnie.

- Les démons qui aspirent la vie, cela vous dit-il quelque chose?

Ivanov déglutit.

- Il y a eu un meurtre un peu plus loin sur les quais,  fit-il.

Ce n'est qu'à cet instant qu'Adam s'interrogea sur le lien entre le cadavre retrouvé dans un container habitable, et les deux russes aux allures de mafiosi. Avaient-ils simplement assisté au manège des policiers, ou avaient-ils été témoins du meurtre? Qui étaient-ils? Que faisaient-ils là? Ces soudaines interrogations le surprirent, comme si la partie de son esprit dans laquelle se trouvait l'image d'Ivanov et de Ketchev et toutes les données les concernant avait été recouvert d'un voile noir, et que ce voile venait de se déchirer. Comme si Ivanov possédait le pouvoir étrange de contrôler son esprit et avait décidé, à cet instant précis, de relâcher la pression. Adam réprima un frisson, et plongea son gros nez dans la tasse de thé.

- Alors, il y a eu quatre meurtres,  fit Moelinder d'une voix sombre. Il baissa le visage et ferma les yeux. Cette nouvelle semblait le bouleverser.

- Quatre morts... murmura Ketchev en se frottant le front d'une main blanche. Son visage avait perdu tout sourire.

- A ma connaissance, en tout cas...

Un lourd silence pesant s'installa. Adam pouvait presque entendre les cœurs battre. Il comprenait qu'on puisse être inquiété de tant de morts qui ne fussent pas signalées par les médias. Mais eux? Quel était le lien avec eux? Pourquoi semblaient-ils tous bouleversés, pourquoi réagir comme s'ils connaissaient ces personnes? Et s'ils se trompaient? Et si les meurtres n'avaient rien à voir les uns avec les autres? Et si ce n'était pas le même meurtrier? La question naïve et rustre qu'il posa pour s'en assurer parut choquer tout le monde, excepté l'indien qui lui répondit d'une voix calme.

- Ils étaient tous desséchés avec une balle dans le cœur?

- Oui. On a prit leurs âmes avec la même technique. Il s'agit du même assassin assurément, à moins que ce ne fut une équipe. Dans tous les cas, les affaires sont liées.

Ainsi avait-il répondu en une seule phrase à toutes les questions qu'Adam s'était posé, comme s'il avait lu dans son esprit. Puis il s'adressa aux autres:

- Je ne suis pas le seul à mener l'enquête. Nous sommes deux.

- Dans ce cas, il serait bon que nous réunissions nos informations, fit Ivanov.

- Je suis ravi que ce soit vous qui le proposiez. Je connais un excellent restaurant indien. Aimez-vous la cuisine indienne?

- Quel restaurant?  demanda sèchement Ketchev sans répondre.

- Le Mandalay.

- Quand pouvez-vous être près?  fit Ivanov en se levant, montrant ainsi l'urgence de la situation. Il demandait par ce geste au jeune indien de partir sur le champ pour prévenir l'autre personne sur l'enquête.

- Dans une heure? 

- Parfait. 

Ivanov tendit une main que Moelinder serra généreusement. Il semblait ravi de ses nouveaux collaborateurs.

- Rendez-vous donc dans une heure au Mandalay.

- Ça laissera le temps à l'autre de se débarbouiller,  fit Ketchev en désignant d'une main molle Travis, le visage toujours recouvert d'une épaisse couche de cirage noir..

- Et de se soigner,  ajouta Ivanov.

Après les avoir salué « à l'indienne », Moelinder quitta leur compagnie en se faufilant comme un chat dans la nuit. Il ne lui fallut que quelques secondes pour disparaître. Ivavnov referma derrière lui la lourde porte de sas, tandis qu'Adam allait chercher sous l'évier une bassine qu'il remplit d'eau chaude. Il prit dans le petit cagibi qui servait de cabinet de toilette un savon et un gant rose brodé de têtes de mort argentées, et apporta le tout à Travis qui était en train d'avaler des médicaments avec un grand verre d'eau. Il se débarbouilla tant bien que mal, mais malgré la rapidité de cette toilette sommaire, il paraissait plus propre qu'il n'avait jamais été. Après quelques minutes, son visage retrouva ses couleurs, le médicament agissait. Il se leva et se saisit d'un sac de toile, une sorte de besace informe à la couleur indéfinissable, et se dirigea d'un pas décidé vers la porte du sas. Mais Ivanov s'interposa, en claquant sa langue sur ses incisives:

- Vous ne comptez pas sortir ainsi, bien sûr?

Travis le regarda avec de grands yeux. Il ne comprenait pas. Ivanov soupira, visiblement agacé par les excentricités dangereuses de son acolyte.

- Nous sommes chassés, Travis. On nous recherche. Quatre d'entre-nous ont été tués, voulez-vous être le suivant?

- Ben quoi?  fit Travis, sans comprendre ce qu'on lui reprochait.

Ketchev, sentant sans doute qu'Ivanov était sur le point de craquer, jugea bon d'intervenir. Il se saisit des épaules de Travis et le retourna, face à lui. Sa voix se fit douce, l'enfant qu'il tenait devant lui le regardait avec de grands yeux étonnés:

- Changé votre accoutrement Travis. On voit tout de suite qui vous êtes. Et surtout, ce que vous êtes.

- Ha non!  fit l'enfant, comprenant soudain.  Non, non et non! 

Il alla bouder plus loin, les bras croisés sur sa poitrine. Ivanov tenta de le convaincre, avec toute la patience dont il semblait être capable:

- On va dans un restaurant, vous allez vous habiller de façon plus classique. 

Il proposa même, ce qui semblait être pour lui la preuve ultime d'une amitié naissante, de lui prêter un de ses costumes.

- Non,  refusa Travis en bougonnant, c'est non négociable.

- Vous allez attirer, vous êtes quand même quelqu'un de particulièrement remarquable.

- Merci , fit Travis en souriant.

- Ce n'était pas un compliment!  s'exclama Ivanov, à bout de nerfs.

Les négociations durèrent longtemps avant que Travis ne daigne se changer. Adam alla faire la vaisselle en l'attendant, mais lorsqu'il revint, il manqua de faire tomber les tasses: Travis, fier et radieux, se tenait droit au milieu du salon, les mains sur les hanches, une jambe pliée, le menton bien droit. Il était vêtu d'un pantalon de cuir marron, fait de plusieurs pièces de cuir d'ameublement cousues entre elles un peu n'importe comment en une masse informe et déconcertante, rappelant le corps horrible et raccommodé de Frankenstein, et une large chemise blanche, bouffante au poignet, déchirée sur le devant du cou jusqu'au nombril, agrémentée ça et là de bouts de ficelles multicolores collés on ne sait comment. Adam se crispa, rentrant la tête dans les épaules. Il fit une grimace, s'attendant aux cris d'Ivanov, mais fut étonné de sa réaction calme et résignée:

- Soit...on fera avec... Mais...Travis...par pitié...ôtez votre chapeau.

Surpris par la réaction du russe, Travis enleva son chapeau de cow-boy. Le masque aux éclairs rouges bordés de noir se trouvait toujours en-dessous. Sous le regard noir d'Ivanov, il accepta de lui-même de s'en défaire, en rougissant un peu, et se dirigea d'un air exagérément digne vers la grosse berline des russes, garée un peu à l'écart. Ivanov se tourna alors vers Adam:

- Et vous?

Le gros bonhomme sursauta:

- Moi?

- Désirez-vous que je vous prête un costume?

- Heu non, ça ira », répondit Adam en agitant ses énormes mains devant lui.

Ivanov poussa un profond et visiblement douloureux soupir, avant d'inviter Adam à monter en voiture d'un geste poli du bras.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×