Désiré

Ma Nouvelle Désiré est parue dans "La Salamndre" n°14

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Désiré - Elen Valfae

Désiré – Elen Valfae

   Maman s’est encore disputée avec papa aujourd’hui. Je suis triste lorsqu’elle pleure. Parfois je ne sais pas pourquoi ils se disputent. Je ne comprends pas. Je ne veux pas entendre ce qu’ils disent. Alors je pleure, je crie plus fort qu’eux. Papa ne m’aime pas. Maman, elle, elle m’aime. Elle vient souvent me prendre dans ses bras. Papa ne fait que me taper et il me met aux poignets des chaînes qui me font mal. Il a peur de moi, c’est pour cela qu’il est aussi méchant. Maman est très belle. Papa aussi. Ils sont bruns tous les deux, avec de beaux yeux verts. Leur peau n’est pas comme la mienne. Ils ont une peau bien douce et rosée. La mienne est toute rouge et couverte de longs poils noirs soyeux. Papa dit que je suis un monstre, des fois, il veut me tuer. Mais il ne peut pas. Je suis plus fort que lui. La dernière fois qu’il a voulu m’étrangler, j’ai posé mes mains sur ses très grandes mains à lui, et je l’ai brûlé. Il a crié et il m’a lâché. Il se méfie maintenant. Je pourrais le tuer d’un seul coup. En me concentrant bien, je pourrais tuer tout le monde. Mais, ça, je ne veux pas. Je ne suis pas aussi méchant. Je suis là pour faire quelque chose avec eux, je ne sais pas encore quoi. Mais je saurai bientôt.
Papa ne m’a jamais aimé. Pourtant, il m’a voulu. Il m’aimait bien avant ma naissance. C’est lui qui a choisi mon prénom, Désiré. Ce n’est pas très joli, mais il y tenait. Il m’a aimé jusqu’au jour où il m’a tenu dans ses bras. Là, il a compris, et il m’a détesté. "Désiré-le-détesté", ça sonne bien. Maman, elle, n’a pas été surprise. Elle savait à quoi j’allais ressembler. C’est elle qui m’a fait. Toute seule.
Avant ma naissance, j’étais déjà là. Mais autrement. Maman m’avait appelé. Je tétais son esprit avant de téter ses seins. Je ne voulais pas de petit frère, alors je l’ai empêché d’avoir des enfants. J’attendais qu’elle m’appelle dans son ventre. Elle en a le pouvoir. Elle sait comment appeler les forces à elle. Elle est forte, ma Maman. Je me suis montré très patient. Je suis resté bien au chaud dans un recoin de son esprit. J'ai attendu.
Mais je grandissais, et j'étais trop gros dans sa tête. Sa raison n’avait plus de place, alors elle devenait folle. Papa n’a rien fait pour arranger les choses. Maman a fini par m’appeler dans son ventre. Papa voulait tellement un enfant, il lui a dit que si elle n’arrivait pas à lui donner un enfant, il la quittait. Ça a été un choc pour ma Maman. Elle avait peur que Papa ne parte. Elle a fait ce qu’elle a toujours fait. C’est moi qui le lui soufflait depuis le début, dans un coin de sa folie. Elle s’est déshabillée. Elle avait le ventre plus plat qu’aujourd’hui. C’est moi qui l’ai déformé. Elle a tracé un grand cercle sur le sol de la cuisine, et après elle s’est allongée au milieu. La lumière, c'était des bougies noires. Elle m’a appelé, très fort. Ça voulait dire que c’était le moment.
Je ne voulais pas la faire souffrir. Et puis, je ne pouvais plus attendre. Alors je suis descendu le long de sa folie comme un singe qui descend une liane. Je me suis glissé entre ses cuisses, en lui donnant pleins de plaisirs. Son sexe s’est mis a chauffer, je l’ai pénétré. C'était rigolo. Ça faisait des chatouillis. Je me suis mis au chaud dans son ventre, et j’ai attendu. Papa n’a pas compris. Quand il l’a vu, elle était toute nue au milieu des bougies, il a cru que Maman essayait de le reconquérir et il lui a fait l’amour. Il n’avait rien compris. Il n’a compris que plus tard. Quand il m’a vu.
Il savait ce qu’était Maman. Il savait que toutes les femmes de la famille de Maman sont bizarres. C’est comme ça qu’il l’a connu. Quand elle dansait nue autour des bûchers de la forêt, il a cru à une apparition féerique et est tombé amoureux de ma Maman. Elle est capable de faire pleins de trucs. C'est normal, c'est parce que c'est la fiancée du diable, à ce qu'il paraît. Maintenant,  Papa le croit aussi.
Maman a accouché dans le salon, toute seule. Je ne voulais pas qu'elle souffre, alors elle n’a éprouvé que du plaisir, fort fort fort, mais pas de douleurs. Quand papa est rentré à la maison, j’étais déjà là. Je ne pleurais pas. Je le regardais juste. Il a hurlé. Il a giflé maman, et il m’a attrapé. Quand il m'a attrapé, il s'est arrêté et m'a regardé bizarrement. Il a caressé ma peau, ça faisait bizarre, ses doigts étaient tout doux sur ma peau rugueuse. Il a appuyé sur mes cornes qui commençaient juste à pousser un petit peu. Il a tiré sur ma queue. Et il m’a lâché. Je suis tombé sur le sol, je n’ai pas pleuré. Je me suis tourné vers lui et je lui ai souri. Comme un fils a son père. Mais il ne m'aime pas. Papa ne m'aime pas. Et un jour, je me vengerai.

 

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