Littérature

Lecteur schyzophrène

 

Les universitaires nous ont appris qu'il n'y avait que deux types de public, et qu'un mur infranchissable séparait ces deux instances: il y a les universitaires, et le reste du monde. Lorsqu'on veut écrire, il faut à l'avance, avant même d'avoir inscrit le premier mot sur la page, déterminer à quel type de public on s'adresse, toujours selon eux. Ainsi, notre pauvre Amélie Nothomb made in Belgium sera conspuée par les universitaires, car trop lue par tous. En revanche, Milan Kundera aura du mal à faire entendre sa voix dans la foule tant que les universitaires auront la main basse sur ses œuvres. Est-ce une question de style? Allons donc. Quoi de plus facile à lire que du Kundera, et quoi de plus compliqué à appréhender que l'univers complexe d'un Werber populaire? Les étudiants, durant le temps de cette guerre fratricide, la tête entre les mains, cherchent une case dans laquelle entrer. Il y a ceux qui s'interdisent d'ouvrir un roman contenant des images, sauf peut-être une édition originale de Nadja de Breton. Et encore. Il y a ceux qui lisent du Nothomb en cachette, sous la couette, et qui dissimulent religieusement leurs opinions lorsque leurs enseignants la démolissent à grands coups d'Umberto Ecco sans en avoir jamais lu. (Du Nothomb, pas du Ecco). Et enfin, il y a les gens comme moi. Les étudiants qui doivent relire chaque page de Roland Barthes avant d'y comprendre quelque chose, et qui se mettent à conspuer Nothomb parce qu'on leur a appris à le faire, jusqu'à ce qu'un autre étudiant leur glisse Stupeur et tremblements entre les mains.

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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